Pandemie ou Pand'amie

L’actualité sanitaire mondiale est saisissante. Elle impacte tous les Hommes, sans distinction. Certains individus imaginent encore de manière incertaine les conséquences de cette contagion, quand d’autres la vivent de plein fouet, aussi bien dans le changement radical du rythme de leur vie que directement, en étant confrontés à la maladie.

Le COVID-19 n’épargne personne et nous met au défi d’une action à laquelle nous devons absolument prêter toute notre attention. Ce challenge est sans précédent pour chacun d’entre nous ; pourtant, nous l’occultons totalement, alors qu’il est le but essentiel de cette pandémie. Notre regard est porté sur les médias qui inondent d’informations plus bouleversantes, voire effrayantes, les unes que les autres. Sans oublier l’étalage des actions charitables mises au service des nécessiteux, compensant il faut bien le dire, les négligences et la mésestime de ceux qui avaient le pouvoir et le devoir de protéger nos vies.

Beaucoup de personnes focalisent sur les aspects dramatiques et injustes d’un tél fléau, oubliant que l’Humanité a traversé à fréquence variable des situations similaires. Pour autant, en a-t-elle tiré les leçons nécessaires ? Preuve que non puisque les Hommes du 21ème siècle sont eux aussi soumis à ces évènements effroyables.

Ces faits accentuent les débats, nous éloignant de l’action essentielle à accomplir au travers de cette pandémie, que l’on pourrait aussi appelée à terme « pand’amie », à condition d’en mesurer les enjeux et de la considérer sous cette forme.

Sans discontinuer, nous commettons les mêmes erreurs. Cependant, la vie nous rappelle une nouvelle fois à l’ordre en nous mettant au défi dès maintenant, d’exécuter une manœuvre déterminante pour l’évolution de l’Humanité. Avant de détailler le challenge en question, il est important de rappeler le contexte dans lequel celui-ci est posé et ce à quoi nous sommes confrontés.

Sur le plan global, nous remettons sans cesse nos existences entre les mains d’autres Hommes. Le cadre de nos vies est régi par des gouvernances, qui élaborent des règles ne servant que leurs intérêts. Nous nous soumettons au non-choix et acceptons, continuellement, de nous référer à un système qui nous éloigne totalement de nous-même. Tout est conçu pour abonder dans le sens des conventions mises en place et faire taire nos vraies aspirations. Le paradoxe est de s’élever contre des instances que nous construisons invariablement, en leur donnant tacitement notre accord et en fuyant nos responsabilités. S’en suivent des révoltes, dont les effets se portent sur quelques mois, toujours modifiées par d’autres formes de règles qui, à leur tour, feront l’objet de nouvelles mutineries. Beaucoup pensent que nous n’avons pas le choix ; pour le bien de notre Humanité, il est primordial d’avoir des disciplines, des lois et des principes. Pourtant, à bien y réfléchir et en dépit de tous ces concepts, l’Humanité ne va pas mieux. La pandémie mondiale met en exergue une multitude d’aberrations toujours non solutionnées et notre incapacité à les résoudre, notamment par un transfert irresponsable de notre pouvoir auprès d’Hommes peu scrupuleux censés nous représenter. Ce constat concerne aussi bien les organisations politiques, économiques et religieuses. Il peut se dupliquer de manière analogue à notre environnement proche : nous déplorons l’attitude d’un patron, d’un conjoint voire d’un parent à notre égard, sachant que nous autorisons son action, sans faire respecter nos valeurs, nos rêves et nos besoins.

Analysons maintenant les comportements individuels. Les Êtres humains passent le plus clair de leur temps à attendre une amélioration. Ils remettent au lendemain, négligeant l’intérêt du présent et leurs possibilités d’abonnir les choses. De plus, ils reprochent aux autres ce qu’ils sont incapables de modifier eux-mêmes. Leurs plaintes, leurs critiques et leurs jugements les éloignent de leurs propres remises en question. Les Hommes consomment outrageusement afin d’anesthésier leurs esprits et d’éviter la douleur que leurs maux et leurs failles engendrent. Prêtant de l’importance à des banalités, mais surtout au regard que les autres portent sur eux, ils négligent leurs vrais besoins et aspirations, prétextant également des peurs souvent infondées ou le fait que les choses ne dépendent pas d’eux.  

Cependant, la nécessité de changer est désormais absolue et le confinement inhérent à cette pandémie en sera le levier. En revanche, une condition s’impose. Considérer l’intérêt réel de l’isolement et l’employer pour ce qu’il permet concrètement : « l’introspection ». Pourtant, c’est loin d’en être le cas. 

Le confinement est l’une des solutions les plus sages pour réguler la contagion. Mais il va bien au-delà du résultat espéré. Ce repli dans nos tanières nous prépare à l’authentique épreuve qui se manifestera à la sortie de l’isolement. Cet exercice, s’il est pratiqué, sera sans aucun doute, l’aboutissement positif de cette pandémie. Lorsque j’évoque la tanière ou le terrier, je fais référence à un abri destiné à se protéger de l’extérieur, clos, isolant et rassurant, dont il faudra un jour s’extraire. Il peut se caractériser concrètement par notre foyer ou notre zone de confort. Le défi sera relevé pour ceux qui auront préparé leur sortie et donc leur nouvelle vie. C’est bien à ce niveau que se trouve le challenge.  

La plupart des Humains des pays développés utilisent ce retranchement imposé pour prendre soin d’eux. Par exemple, ils vont ranger, bricoler, dormir, lire, peindre, s’occuper de leurs enfants, profiter enfin du temps qui leur manquait et qu’ils espéraient tant. Qui n’a pas été à court de minutes et eu cette sensation que tout allait trop vite ? Cette période semble bénie et nous permet de souffler un peu. Mais ne soyons pas dupes ! Le retour à la réalité va bel et bien arriver alors que personne n’y est préparé. Beaucoup souhaitent un changement radical de leurs modes de vie et s’en remettent, une fois de plus, aux instances dirigeantes pour prendre des décisions et suggérer des solutions salutaires. Pendant ce temps, nous négligeons de changer ce qui nous fait réellement souffrir et le confinement, tel qu’il est employé en ce moment même, nous éloigne des réalités. Nos divertissements et nos repos mettent en veilleuse nos frustrations que nous éludons sans cesse.  

Actuellement, nous apprécions le silence de nos rues, les parfums retrouvés, la lenteur de nos gestes, les visions de cette nature qui se réveillent sous nos yeux ébahis, nostalgiques d’un temps semblant révolu. Cependant, cette illusion de bien-être retrouvé masque une réalité. Nous allons devoir sortir de nos tanières sans y être préparés, de manière lucide et concrète. Les vies menées, antérieures à la déclaration de confinement, étaient rythmées essentiellement par des contraintes et des habitudes inconfortables. Quel que soit le domaine concerné, la plupart des individus éprouvent une forme de privation au bonheur. Aussi bien sur le plan amoureux, en passant par l’organisation familiale ou au travers de son évolution professionnelle et de son confort financier, il est rare de rencontrer des personnes parfaitement comblées et en total adéquation avec leurs besoins. Le confinement a été imposé, par la force des choses, provoquant la stupéfaction. Au fil des jours, chacun a commencé à entrevoir les aspects positifs de cette décision. Moins de responsabilités professionnelles ou de temps gaspillé dans les transports, un agenda allégé et un rythme quotidien acceptable. Plus globalement, nous constatons une baisse considérable de la pollution et des nuisances sonores, ainsi que l’affaiblissement d’énergies stressantes et fatigantes. Au-delà, c’est aussi le plaisir retrouvé de s’occuper de son intérieur, de faire son ménage de printemps, de jouer avec ses enfants et de cuisiner. Nous prenons conscience que nos vies méritent davantage de considération et d’apaisement, tout en occultant le fait que cette période ne sera qu’éphémère. Tel un tsunami déclenchant le retrait de l’eau loin des côtes, avec la formation d’une vague provoquant en son retour, un raz de marée détruisant tout sur son passage, la fin du confinement sonnera une prise de conscience difficile et stressante de la réalité, sans que rien du changement nécessaire n’ait été concrètement anticipé. Les divertissements et le repos ont pris le pas sur l’essentiel à accomplir.

Quand certains prennent du bon temps, d’autres au contraire, vivent très mal cet isolement forcé notamment à la maison. La promiscuité familiale et conjugale déclenche des tensions et des règlements de comptes souvent ajournés, notre attention étant détournée sur l’extérieur. La cohabitation met en évidence le manque d’attrait et de complicité entre certains membres du foyer. Les couples sont mis à rude épreuve et les désaccords, souvent minimisés, s’amplifient considérablement dans ces conditions. Les obligations sont accrues et les déplaisirs, exacerbés. Dans ce contexte étouffant, s’ajoute l’activité professionnelle et scolaires ramenées à la maison. Déplacer le bureau ou l’école chez soi est un sacrilège énergétique, car l’engagement extérieur n’a plus de frontières, ni de limites. Le confinement nous met face aux exigences sociales que nous nous imposons, désormais impossibles à fuir.

Enfin, la pandémie impacte brutalement, dans un climat insécurisé et angoissant toute une catégorie de Femmes et d’Hommes dont leurs fonctions ne permettent pas le télétravail. Quand une partie de la population se plaint de devoir rester chez elle, une autre, en revanche, est contrainte d’être au front, sans même pouvoir être consultée. Ces personnes ne peuvent bénéficier de ce retrait printanier, propice à l’introspection et à l’évaluation de la qualité de leurs vies. Quoi qu’il en soit, le fait d’être dans cette posture qualifiée souvent d’injuste, met à elle seule en évidence une frustration non traitée, devant être considérée dans toute sa dimension. L’épidémie à sa façon, incite ces personnes « confinées » dans leur emploi, à cheminer vers leurs véritables besoins. La question est tout aussi cruciale pour tous les artisans, les indépendants et les chefs d’entreprises. Ils sont acculés par leurs responsabilités et contraints d’adapter leurs activités jusqu’à la fermeture, sans aucune visibilité sur la pérennité à terme de celles-ci. Ils sont également conscients des obligations budgétaires qui les attendent à la sortie du terrier. L’isolement les accompagne eux aussi vers une nouvelle définition de leurs orientations, s’ils estiment que l’épidémie est un moyen de positionner clairement leurs aspirations.

Que ce soit dans la joie ou la difficulté d’être chez soi, le confinement est un révélateur. Mais qu’en faisons-nous vraiment? Serons-nous attentifs à nos besoins réels et changerons-nous nos vies ? Rien n’est moins sûr. Faudra–t ’il l’apparition d’un autre virus, un nouveau tsunami social pour modifier nos existences ou saurons-nous tirer profit de cette « pand’amie » ?

C’est précisément à cet endroit que se situent l’enjeu et le défi que nous lance la vie en cette année 2020 ! Quelles existences voulons-nous réellement dorénavant ? Le cloître imposé est extrêmement important à deux titres. Il permet d’éviter concrètement la propagation du virus et contraint les Êtres humains à se poser enfin les bonnes questions. Quelle aubaine ! Quelle chance même de saisir cette « pand’amie » pour observer nos frustrations et analyser de quelle façon nous pouvons y remédier. Mais attention, la vague arrive et lors de son impact, il ne sera plus possible de se poser ces questions existentielles. Alors, nous replongerons à corps perdus dans nos emplois sans goûts, nos tâches quotidiennes contraignantes, nos vies de couple douloureuses ne laissant plus l’opportunité de conscientiser nos vrais besoins, ni de lever définitivement nos insatisfactions. Soyons clairvoyants, le retour à cette réalité sera pour certains insoutenable, et pourra même pousser l’individu en souffrance à commettre des actes irréversibles. Les pathologies sommeillant dans nos corps pourraient davantage se révéler, au contact de nos émotions refoulées, alliées à nos pensées explosives, inexprimées et contenues depuis bien trop longtemps.

Dans cette hypothétique optique, il est impérieux d’exploiter le confinement pour analyser sans détour nos frustrations et de poser l’acte d’un changement concret le plus tôt possible. La reprise sera sans doute un frein pour notre introspection, ne laissant plus de temps à nos interrogations, tant la sortie de la crise sanitaire sera intense et laissera peu de répit. Chaque individu doit, en toute honnêteté pour lui-même, se demander ce qui n’est plus confortable voire tolérable. Il doit utiliser cet espace-temps « amical » pour définir le changement ou poser une intention ferme de modifier un état. Ceux qui n’auront pas employé cette période pour transformer ce qui doit l’être souffriront. Ils seront confrontés à leur ancienne vie, leurs antiques modèles, tout en ayant vécu une parenthèse appréciable et bénéfique, mais ô combien éphémère.

Le défi sera de ne plus être les mêmes Hommes à la sortie de nos terriers. Le challenge aura été de regarder avec lucidité les sujets douloureux et qui n’ont plus de sens. A l’issu, il s’agira de mettre en place des actions pour y remédier, sans attendre le coup d’envoi d’une quelconque instance ou personne. La pandémie deviendra une alliée bienfaitrice pour affirmer nos besoins, revendiquer notre bien-être et participer au vrai changement de l’Humanité. C’est en ce sens qu’elle devient « une amie ».  Une nouvelle Ere est sur le point de s’ouvrir et nous devons l’accompagner de tout notre cœur. Faire croître notre énergie divine est à notre portée et nous devons y prêter toute notre attention, prioritairement en levant nos frustrations. C’est possible pour tous ceux qui se tiennent prêts à construire un monde nouveau, bien plus humaniste qu’il ne l’a été jusqu’ici. Chacun de nous le pouvons !  Le virus nous aura peut-être permis d’éviter la plus grosse des vagues : « notre déclin spirituel ».